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Lettre à ma fille - Chapitre 9

Mercredi, novembre 4th, 2009

Je vous invite à la lecture du chapitre 9 de mon dernier ouvrage.
Bonne lecture !

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L’inutilité de l’expérience
quand on est un peu con…

Tranche de vie n° 9

J’ai toujours été persuadé que le meilleur est pour demain.
Mais je dois avouer que là, les lendemains meilleurs se sont vraiment fait attendre…
Mais bon,
j’avais décidé de changer radicalement de vie, pas vrai ?
Alors, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je m’employais du mieux possible à tenir le coup et surtout la distance. Bien sûr, j’avais un peu d’argent de côté, mais à force il fondait à vue d’œil et en le voyant s’épuiser, sans que rien de ce que je pouvais entreprendre ne fonctionne, je décidai avant qu’il ne soit trop tard de réaliser deux choses importantes.
D’abord, profiter de tes vacances scolaires pour venir passer un mois avec toi aux Etats-Unis. Cela restera à n’en pas douter, un des grands moments de notre relation Papa / Fifille…

Des instants qui ne sont qu’à nous et resteront à jamais gravés dans nos mémoires.
La deuxième chose importante qu’il me restait à faire, je l’accomplis dès mon retour de notre périple américain…
Depuis longtemps j’avais en tête d’effectuer le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle.
Pourquoi ?
La légende de saint Jacques le Majeur, d’abord :
C’est une magnifique étoile qui, au IX° siècle, indiqua le lieu où gisait son corps, décapité en l’an 44 à Jérusalem et mystérieusement acheminé par barque sur les plages de Galice. Une chapelle y fut édifiée qui prit le nom de Compostelle.
Ce pèlerinage, le plus célèbre d’Occident, guidait l’homme vers «la fin des terres» (finis terrae), sur les rives de l’océan infini, où il pouvait s’interroger sur l’au-delà de la vie.
Ainsi, à l’extrémité du vieux continent, semble s’établir l’assise de la quête de qui s’interroge sur les mystères de la Foi.
Pour ma part, j’espérais par cet acte, pénétrer le sacré et m’élever vers la Lumière.

Par un matin du mois de juillet, je prenais donc la route de Saint-Jean-Pied-de-Port d’où j’allais entamer mon pèlerinage. Je restai deux jours dans ce lieu magnifique chargé d’Histoire, que n’arrivent pas à rendre inconséquent la multitude d’échoppes dédiées au tourisme qui envahissent ses ruelles séculaires. Ce qui m’a le plus frappé lors de ma visite, sont les salles de torture où les moines inquisiteurs martyrisaient par centaines de pauvres bougres, soi-disant frappés d’hérésie, en leur faisant avouer ou renier des croyances auxquelles ils ne comprenaient, le plus souvent, pas grand chose… Franchement, je me demande où pouvait bien se trouver Dieu, dans tout ça ! En tout cas, Il est peut-être en chacun de nous, mais Il n’est pas seul ; le Diable doit Lui tenir compagnie, c’est sûr !
Et si je n’avais pas été convaincu que Dieu n’a rien à voir dans la sauvagerie des hommes, fussent-ils d’église, j’aurais pris le chemin du retour sans demander mon reste.

Dieu merci (c’est le cas de le dire) ma croyance va à Lui seul, directement et sans intermédiaires…
Je prenais donc mon bâton de pèlerin et prenait la direction de Roncevaux, d’où j’allais rejoindre le « camino primitivo », emprunté au IX° siècle par le roi Alphonse II.
Ce chemin historique allait me conduire, de magnifiques paysages en lieux de recueillement, jusqu’aux rivages de Galice où, atteignant enfin le but de mon périple initiatique, je pénétrais dans l’impressionnante cathédrale de Compostelle pour me recueillir devant l’urne contenant les reliques de saint Jacques le Majeur.

À mon retour, trois mois plus tard, ma réserve d’argent se trouvait être totalement épuisée et je me demandais comment j’allais bien pouvoir me sortir de ce mauvais pas.
Le hasard voulut que je rencontre un ancien compagnon de prison qui, me voyant dans le dénuement, me proposa de « monter sur une affaire » avec lui… ?

En fait, une sombre histoire de récupération d’argent entre voyous que, vu ma situation, je n’avais pas les moyens de refuser. Je m’engageai donc sur cette voie douteuse, faisant le coup de poing et même… le coup de feu !
Satisfait par mon attitude lors de cette opération qui me rapporta de quoi regarder l’avenir avec plus de sérénité, mon ami me proposa de rester en équipe avec lui et quelques autres, afin de participer à d’autres affaires lucratives mais, cette fois-ci, franchement malhonnêtes.Motivé par l’argent facile, j’acceptai sa proposition et en acceptant, je m’immergeai dans la fange ! Après quelques mois passés dans le monde marginal des « Apaches » je revins à moi et décidai de mettre fin à cette mascarade. J’appelle cette période une mascarade, car ce n’était pas ma vie ça !
Je jouais un rôle et le pire de tout est que je le jouais bien.
Mais comment avais-je pu passer du chemin de Compostelle à la putréfaction de cette vie faite de violence et de malhonnêteté ? La peur de manquer ? Une revanche sur la vie ? Et puis quoi encore ? Je l’ignore, en fait…
Ce que je sais, c’est que le monde des bourgeois ne vaut guère mieux. Versatiles, infidèles, intéressés, le code de vie de la plupart d’entre eux n’est animé d’aucune des valeurs morales que j’ai trouvées dans le monde des voyous, où la trahison n’existe pas et où la fidélité en amitié n’est pas un simple mot. Je vois encore certains d’entre eux, aujourd’hui qui respectent mon choix et se contentent d’être des amis sur qui je sais pouvoir compter, tout simplement.
Ce n’était donc pas mon ancien « monde » que j’aspirais à retrouver, en quittant les « Apaches », mais moi…
Simplement moi !
Alors, animé de la ferme intention d’être moi, je décidai en toute logique de changer radicalement de vie…