Extrait chapitre 6 de “Lettre à ma fille”
Mardi, juin 2nd, 2009Je vous invite à la lecture du chapitre 6 de mon dernier ouvrage. Bonne lecture !
La prison, ça c’est
vraiment du temps perdu…
Tranche de vie n° 6
Mais une fois cette décision prise et ma liberté retrouvée, un événement imprévu allait encore m’éloigner de vous… J’allais reperdre ma liberté, mais cette fois de façon beaucoup plus désagréable. Je me suis retrouvé en prison, pour avoir oublié l’espace d’un instant que je ne pratiquais plus l’art délicat de garde du corps, mais surtout par la faute d’un voyou en col blanc qui, non content de m’avoir escroqué, a eu la mauvaise idée de brandir la menace de s’en prendre à maman et toi, si je tentais quoi que ce soit pour récupérer mon argent.
Il a eu tort…
Le problème, c’est que tout occupé à réduire l’ignoble en bouillie de connard, ma fureur m’avait fait oublier que tout ça se passait en pleine rue et deux policiers en civil, qui se trouvaient là, ont voulu intervenir.
Eux aussi, ils ont eu tort…
J’apprendrai, pendant ma garde-à-vue, que ces deux pauvres policiers avaient la charge de surveiller le malfaisant qui, impliqué dans un trafic de drogue, faisait l’objet d’une filature en règle. Ce léger détail me valut d’ailleurs d’être interrogé par la brigade des stups qui, vu la violence de mon attaque, m’avait pris pour un encaisseur de la maffia…
Mais bon, une fois ce malentendu dissipé, je tombais quand même sous l’inculpation de coups et blessures sur agents de la force publique, assortie de différents termes juridico-barbares dont je ne me souviens plus, mais qui me valurent une peine de prison dont je me serais bien passé. Ce n’est pas tant la prison en elle-même qui me gênait, ayant été accueilli par mes compagnons de misère avec le respect dû à un renégat qui avait corrigé gravement deux flics, car tout auréolé de ce coup d’éclat, je me retrouvais, sans autre forme de procès, dans le clan des dominants. Et crois-moi, en prison c’est comme dans le monde animal. Il vaut mieux être dans ce clan-là…
Non, ce qui me rendait malheureux était de voir ta maman se débattre seule face aux problèmes engendrés par cette situation. D’autant plus qu’entre sa mère qui lui conseillait d’en profiter pour divorcer et ma propre famille, qui n’eut jamais le moindre geste pour lui porter assistance, elle n’avait d’aide à attendre de personne. J’étais, pour ces « braves gens », devenu un paria porteur de toute la honte du monde. Ce que confirmait d’ailleurs l’attitude de ceux que nous croyions être nos amis, mais qui semblèrent tout à coup avoir disparu de la surface de la terre. Mais le regard des autres n’a jamais revêtu la moindre importance à mes yeux, ayant toujours pensé que : «qui parle à mon dos, parle à mon cul».
Non, tout ce qui importait en fait outre la situation dans laquelle se trouvait maman par ma faute était que vous me manquiez toutes les deux cruellement. Heureusement, Angélique avait obtenu deux parloirs par semaine et le droit, pour moi, de te parler au téléphone tous les mercredis, de 16h à 16h05. Et même si cela se passait sous la surveillance attentive d’un gardien, qui avait pour ordre de couper la communication si quelqu’un d’autre que toi répondait, le fait d’entendre ta voix et sentir que tu allais bien, m’apportait un immense réconfort. Nous étions même parvenus à ce que je puisse te voir, un jour, l’espace de quelques trop courtes minutes… Oh, pas dans la prison, bien sûr ! Mais deux gardiens, avec qui je m’entendais bien (le frère de l’un d’eux travaillait sous mes ordres à l’époque de ma Dame), me permirent d’accéder à leur salle de repos dans le même temps où Angélique t’avait emmenée jouer au parc pour enfants, situé en contre bas de ces saloperies de murs. Et là, grâce à une opération savamment minutée, je t’ai vue ! De loin et pas longtemps, mais je t’ai vue…
Je ne suis resté que quelques mois en prison, mais ces quelques mois m’ont paru être une éternité.
Enfin arriva le jour de ma libération !
Quel bonheur de pouvoir vous serrer toutes deux dans mes bras…
Ma première nuit de liberté, je la passai pour partie dans les bras d’Angélique bien sûr, mais aussi à venir dans ta chambre te regarder dormir. J’ai compris cette nuit-là, que rien au monde n’était plus important que nous trois.
Alors pour le coup et en toute logique, je décidai de changer radicalement de vie…