Extrait chapitre 2 de “Lettre à ma fille”

Je vous invite à la lecture du chapitre 2 de mon dernier ouvrage. Bonne lecture !

9782356630087.jpg

Un petit musicien de province monte à Paris…         
Tranche de vie n° 2

De fait, après avoir fourbi mes armes de musicien entre divers «groupes» locaux et l’apprentissage du conservatoire de musique, je profitai de la voiture d’un copain qui « montait » sur Paris, pour nous embarquer, ma batterie et moi dans la grande aventure du spectacle et vivre avec elle quelques merveilleuses années qui resteront parmi les plus belles de ma vie.
Cela avait pourtant bien mal commencé…
Pendant près d’un an, je courus le cachet et dormis dans une cave, avec pour tout mobilier un lit de camp, un duvet qui avait connu des jours meilleurs et un réchaud à gaz qui faisait semblant de chauffer mes misérables neuf mètres carrés de ciment. Pour payer le loyer de mon « palace » au concierge, chaque matin je sortais les poubelles, balayais la cage d’escalier et nettoyais l’entrée de l’immeuble.
Le problème du logement résolu, il restait à en régler un de taille : manger ! Alors là, j’ai vraiment fait tout et n’importe quoi. Mais passons…

Et puis, un jour, je décrochai enfin un engagement dans un club de jazz et après la longue période de galère que je venais de traverser, je sus ce que voulait dire le mot bonheur.
Mais le grand, l’intense, celui qui bouleverse toute une vie, j’allais le connaître quelques mois plus tard, lorsqu’une grande vedette de la chanson vint « faire le bœuf » dans le cabaret où je me produisais. La Star aima ma façon de jouer et me promit qu’on se reverrait. Inutile de te dire que je planais sur un nuage et qu’à cet instant, j’étais le meilleur batteur du monde…
De fait, l’Idole eut l’occasion de tenir sa promesse plus tôt que je ne l’espérais. Son batteur attitré, victime d’un accident de voiture, allait être indisponible pendant de longs mois et mon nouveau patron fit appel à moi pour  remplacer l’infortuné. Jamais je n’avais ressenti un sentiment de joie aussi intense que ce jour-là ! Comme quoi il est bien vrai que le malheur des uns fait le bonheur des autres…
Le conte de fées dura quatre magnifiques années au cours desquelles je connus toutes les joies qu’apporte le métier de musicien. D’abord, vivre de sa passion ; c’est là une chance incomparable et ce sera la réussite par laquelle tu me rendras le plus fier si tu y parviens, car je te saurai heureuse.
L’enregistrement en studio ensuite, grâce auquel, une fois le disque gravé et en vente dans les bacs ou passant à la radio, tu te dis avec fierté : «c’est moi qui joue !», persuadé que tu es forcément bon, puisque c’est justement toi qui as été choisi pour jouer.
Les moments forts partagés avec les musiciens de ton groupe, qu’il s’agisse du pur plaisir qu’apporte la « musique bonne », le trac à l’instant de monter sur scène ou justement le fait d’être ensemble sur cette scène, où chacun compte sur l’autre et a confiance en lui.
C’est sur scène que se crée une sorte de fraternité, entre musiciens d’un même groupe.
Saint-Exupéry n’a-t-il pas écrit  :
« Donnez-leur une tour à construire et ils seront tous frères».

Le hic, pour le groupe en question, dont le chanteur était classé en tête de tous les hits-parades et grâce à qui nous passions sur les plus grandes scènes, c’est que tout ce succès nous montait à la tête ce qui, il faut bien le dire, nous rendait bien cons. Mais cons ou pas, nous étions heureux.

Et puis un jour, trouvant sans doute que tout allait trop bien et au mépris de toute logique, je décidai de changer radicalement de vie…

Leave a Reply