Lettre à ma fille - Chapitre 9

novembre 4th, 2009

Je vous invite à la lecture du chapitre 9 de mon dernier ouvrage.
Bonne lecture !

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L’inutilité de l’expérience
quand on est un peu con…

Tranche de vie n° 9

J’ai toujours été persuadé que le meilleur est pour demain.
Mais je dois avouer que là, les lendemains meilleurs se sont vraiment fait attendre…
Mais bon,
j’avais décidé de changer radicalement de vie, pas vrai ?
Alors, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je m’employais du mieux possible à tenir le coup et surtout la distance. Bien sûr, j’avais un peu d’argent de côté, mais à force il fondait à vue d’œil et en le voyant s’épuiser, sans que rien de ce que je pouvais entreprendre ne fonctionne, je décidai avant qu’il ne soit trop tard de réaliser deux choses importantes.
D’abord, profiter de tes vacances scolaires pour venir passer un mois avec toi aux Etats-Unis. Cela restera à n’en pas douter, un des grands moments de notre relation Papa / Fifille…

Des instants qui ne sont qu’à nous et resteront à jamais gravés dans nos mémoires.
La deuxième chose importante qu’il me restait à faire, je l’accomplis dès mon retour de notre périple américain…
Depuis longtemps j’avais en tête d’effectuer le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle.
Pourquoi ?
La légende de saint Jacques le Majeur, d’abord :
C’est une magnifique étoile qui, au IX° siècle, indiqua le lieu où gisait son corps, décapité en l’an 44 à Jérusalem et mystérieusement acheminé par barque sur les plages de Galice. Une chapelle y fut édifiée qui prit le nom de Compostelle.
Ce pèlerinage, le plus célèbre d’Occident, guidait l’homme vers «la fin des terres» (finis terrae), sur les rives de l’océan infini, où il pouvait s’interroger sur l’au-delà de la vie.
Ainsi, à l’extrémité du vieux continent, semble s’établir l’assise de la quête de qui s’interroge sur les mystères de la Foi.
Pour ma part, j’espérais par cet acte, pénétrer le sacré et m’élever vers la Lumière.

Par un matin du mois de juillet, je prenais donc la route de Saint-Jean-Pied-de-Port d’où j’allais entamer mon pèlerinage. Je restai deux jours dans ce lieu magnifique chargé d’Histoire, que n’arrivent pas à rendre inconséquent la multitude d’échoppes dédiées au tourisme qui envahissent ses ruelles séculaires. Ce qui m’a le plus frappé lors de ma visite, sont les salles de torture où les moines inquisiteurs martyrisaient par centaines de pauvres bougres, soi-disant frappés d’hérésie, en leur faisant avouer ou renier des croyances auxquelles ils ne comprenaient, le plus souvent, pas grand chose… Franchement, je me demande où pouvait bien se trouver Dieu, dans tout ça ! En tout cas, Il est peut-être en chacun de nous, mais Il n’est pas seul ; le Diable doit Lui tenir compagnie, c’est sûr !
Et si je n’avais pas été convaincu que Dieu n’a rien à voir dans la sauvagerie des hommes, fussent-ils d’église, j’aurais pris le chemin du retour sans demander mon reste.

Dieu merci (c’est le cas de le dire) ma croyance va à Lui seul, directement et sans intermédiaires…
Je prenais donc mon bâton de pèlerin et prenait la direction de Roncevaux, d’où j’allais rejoindre le « camino primitivo », emprunté au IX° siècle par le roi Alphonse II.
Ce chemin historique allait me conduire, de magnifiques paysages en lieux de recueillement, jusqu’aux rivages de Galice où, atteignant enfin le but de mon périple initiatique, je pénétrais dans l’impressionnante cathédrale de Compostelle pour me recueillir devant l’urne contenant les reliques de saint Jacques le Majeur.

À mon retour, trois mois plus tard, ma réserve d’argent se trouvait être totalement épuisée et je me demandais comment j’allais bien pouvoir me sortir de ce mauvais pas.
Le hasard voulut que je rencontre un ancien compagnon de prison qui, me voyant dans le dénuement, me proposa de « monter sur une affaire » avec lui… ?

En fait, une sombre histoire de récupération d’argent entre voyous que, vu ma situation, je n’avais pas les moyens de refuser. Je m’engageai donc sur cette voie douteuse, faisant le coup de poing et même… le coup de feu !
Satisfait par mon attitude lors de cette opération qui me rapporta de quoi regarder l’avenir avec plus de sérénité, mon ami me proposa de rester en équipe avec lui et quelques autres, afin de participer à d’autres affaires lucratives mais, cette fois-ci, franchement malhonnêtes.Motivé par l’argent facile, j’acceptai sa proposition et en acceptant, je m’immergeai dans la fange ! Après quelques mois passés dans le monde marginal des « Apaches » je revins à moi et décidai de mettre fin à cette mascarade. J’appelle cette période une mascarade, car ce n’était pas ma vie ça !
Je jouais un rôle et le pire de tout est que je le jouais bien.
Mais comment avais-je pu passer du chemin de Compostelle à la putréfaction de cette vie faite de violence et de malhonnêteté ? La peur de manquer ? Une revanche sur la vie ? Et puis quoi encore ? Je l’ignore, en fait…
Ce que je sais, c’est que le monde des bourgeois ne vaut guère mieux. Versatiles, infidèles, intéressés, le code de vie de la plupart d’entre eux n’est animé d’aucune des valeurs morales que j’ai trouvées dans le monde des voyous, où la trahison n’existe pas et où la fidélité en amitié n’est pas un simple mot. Je vois encore certains d’entre eux, aujourd’hui qui respectent mon choix et se contentent d’être des amis sur qui je sais pouvoir compter, tout simplement.
Ce n’était donc pas mon ancien « monde » que j’aspirais à retrouver, en quittant les « Apaches », mais moi…
Simplement moi !
Alors, animé de la ferme intention d’être moi, je décidai en toute logique de changer radicalement de vie…

Extrait chapitre 8 de “Lettre à ma fille”

août 17th, 2009

Je vous invite à la lecture du chapitre 8 de mon dernier ouvrage.
Bonne lecture !

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Comme quoi l’amour
c’est quand même important…

Tranche de vie n° 8

Entre votre départ aux États-Unis et la perte de mon emploi, un rayon de soleil illumina heureusement ma vie…

J’étais encore, à cette époque, directeur général en exercice, élu de mairie et aussi président fondateur d’un puissant club d’entreprises. J’étais donc entouré d’une nombreuse cour de soi-disants amis, dont l’un me parla un jour d’une jeune femme qu’il connaissait bien et qui sortait tout juste d’une pénible histoire de couple qu’avait précédé un divorce non moins difficile. Enfin côté coeur, la chance lui avait pas souri, quoi…
- Tu verras, elle est douce, gentille et pétrie d’humour.
Me vanta-t-il sa protégée, tout en rajoutant avec un clin d’œil qui reflétait une délicatesse bien masculine :
- Et en plus, c’est un canon. Elle a un cul ! Je te dis pas…
Mon émule de Cupidon organisa donc une rencontre avec celle qu’il disait être la représentation vivante du mot fantasme et quelque jours plus tard, à l’heure dite du rendez-vous, elle entra dans mon bureau. Jamais je n’oublierai cet instant…
Mon cher entremetteur n’avait rien exagéré :
Elle était vraiment belle à couper le souffle !
Tout en elle débordait de sensualité, sans qu’elle soit pour autant provocante et puis alors, ses yeux !…
Ce devrait être interdit, des yeux pareils, ça vous chamboule dans tous les sens, vous fait perdre instantanément la tête et vous fait tomber irrémédiablement amoureux, sans aucune chance d’échapper à leur beauté magique.
Ils sont bleus.
Elle s’appelle Eva.
Et là où la vie nous réserve de ces surprises dont elle a le secret, c’est qu’elle m’avoua plus tard être elle aussi tombée amoureuse de moi lors de cette première rencontre…
Nous nous revîmes très vite, comme si cela allait de soi et à chacune de nos rencontres, je découvrais une nouvelle facette de celle grâce à qui je retrouvais le goût du bonheur : ce qu’elle aimait ou détestait, ses rêves, ses peurs, sa vie avant de me rencontrer et ce qu’elle espérait la voir devenir…
J’apprenais à la connaître et plus je le connaissais et plus je l’appréciais. Tu me diras, quoi de plus normal, puisque j’étais amoureux. Mais il n’y avait pas que ça. Bien sûr, j’étais amoureux, mais le plus important est qu’en la connaissant mieux, j’apprenais à l’aimer…
C’est évidemment beau d’être amoureux de quelqu’un, mais l’aimer, en plus d’être beau, c’est solide !
Alors un soir, je balayai la promesse que je m’étais faite après la blessure de votre départ, de ne plus jamais lier ma vie à celle de qui que ce soit et lors d’un dîner que j’avais voulu romantique, je lui demandai :
- Tu aimerais qu’on fasse un bout du chemin ensemble, malgré les seize ans qui nous séparent ?
Après m’avoir dévisagé en me faisant fondre, comme d’habitude, elle me prit les mains, par-dessus la table et souffla plus qu’elle ne dit :
- Je crois qu’on s’aime assez pour essayer…
Cela fait maintenant onze ans que nous essayons et nous nous aimons toujours autant.
Et peu importe ce que demain nous réserve, peu importe la peine que l’on a pu parfois se faire, jamais rien ni personne ne pourra effacer la formidable passion  qui nous aura réunis pendant ce merveilleux « bout de chemin » qui n’appartient qu’à nous…

Après avoir perdu mon poste de directeur général, je décidai donc en toute logique de changer radicalement de vie…

 

Extrait chapitre 7 de “Lettre à ma fille”

juillet 1st, 2009

Je vous invite à la lecture du chapitre 7 de mon dernier ouvrage.
Bonne lecture !

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 C’était pas mal là,
mais j’ai tout gaché…
Tranche de vie n° 7

Mais toute cette histoire nous avait coûté une fortune et bien que ta mère occupât un poste important et perçût donc un salaire conséquent, il devenait urgent que je trouve du travail, afin de continuer à honorer mon rôle de père de famille.
Passionné par le nautisme, j’avais souvent participé, en tant que pilote, à diverses courses inshore et offshore de bateaux à moteur et ayant un assez bon coup de volant, j’ai eu la chance d’être sponsorisé pendant plusieurs années par un importateur de moteurs hors-bord japonais.

C’est ainsi qu’une annonce de la rubrique offres d’emploi attira mon attention :
- « Importante société de nautisme cherche son responsable shipchandler, etc… ».
Je m’empressai de leur envoyer ma candidature et la semaine suivante je reçus une réponse me convoquant à une entrevue préalable. Quinze jours après, je prenais mes fonctions. Je suis resté dix ans dans cette société dont je devins au bout de cinq ans, directeur général. Mais au cours de cette période, nombre d’événements allaient bouleverser ma vie et la tienne…
Pour commencer, je fus approché par un de mes clients qui m’amena, en douceur, à entrer en franc-maçonnerie.
Merci à lui, car j’ai découvert là une Lumière et une forme de pensée qui m’ont sans doute préservé de bien des erreurs dans les épreuves qui allaient m’attendre plus tard (mais pas toutes…).
En fait, mes nombreuses activités, à cette époque, m’éloignaient une fois de plus de ma famille. Il est vrai qu’à mon travail, déjà bien prenant et aux courses de bateaux, venaient s’ajouter la musique, la loge maçonnique, le tennis, etc…Résultat, je passais de moins en moins de temps à la maison et sans que je m’en rende compte, un fossé s’est creusé entre maman et moi, au fur et à mesure que le temps passait.
Jusqu’au jour où la sentence est tombée !
Nous avons divorcé en restant amis, comme si cela arrivait à quelqu’un d’autre ; on a même arrosé ça par un bon repas, au cours duquel nous nous sommes faits nos confidences et avons dévoilé nos états d’âme, comme auraient pu le faire une soeur et son frère. La vie nous avait appris le respect, l’affection et la  confiance que ne venait pas perturber la jalousie née de l’amour. Elle était devenue la soeur que je n’ai pas eu et moi, le frère qui lui manquait. C’est en ramenant Angélique à la maison (où je n’habitais déjà plus), que nous avons réalisé et sommes tombés dans les bras l’un de l’autre en pleurant à chaudes larmes. Mais il était déjà trop tard depuis bien longtemps…
Puis, comme si le fait de vous quitter attirait sur moi toutes les foudres du ciel, ma vie a commencé à se détériorer.
J’avais perdu ma bonne étoile…
D’abord je commençai par apprendre que si le courant de pensée maçonnique est une chose magnifique, il n’est malheureusement véhiculé que par des hommes, dont beaucoup galvaudent le mot sacré de Fraternité en l’utilisant à leur seul profit et sont capables par intérêt personnel, de devenir les pires ennemis de leurs soi-disants Frères, en n’hésitant pas à fouler aux pieds le merveilleux idéal dans lequel ils se sont engagés, en donnant leur parole d’homme et de maçon de ne jamais le trahir.
Puis, Angélique m’apprend qu’elle a rencontré un dentiste américain et qu’elle aimerait aller s’installer avec toi et lui aux Etats-Unis…
Elle me demanda donc de signer les documents lui permettant de t’éloigner de moi, étant pour elle, bien entendu, hors de question de se séparer de toi.
Je lui ai simplement demandé :
- Est-ce que tu es sûre qu’il en vaut la peine et saura bien s’occuper de Laura et toi ?
- Oui, me répondit-elle. C’est un homme gentil et attentionné.
- Donc, tu serais heureuse de partir le rejoindre avec notre fille ?
- Oui, bien sûr, sinon je ne te demanderais pas un tel sacrifice.
Alors, malgré la douleur de te voir partir à l’autre bout du monde et le vide insondable qui s’empara de moi à cet instant, j’acceptai et signai les documents de l’absence.
Comment aurais-je pu priver d’un bonheur mérité celle que j’aimais désormais comme une sœur et qui avait été une compagne irréprochable pendant 18 ans.
Une page de ma vie se tournait et là, je n’y pouvais rien…

Seule notre petite Lady, le bichon que nous t’avions offert pour tes sept ans, m’apportait un peu de réconfort, car elle était le lien concret qui me rattachait à toi.
Pourtant, quand vous me l’avez laissée, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir faire de ce petit machin blanc et frisé dont je ne m’étais jamais occupé et ne connaissais qu’à peine. Et puis pour moi, c’était pas un chien ça. Un berger allemand comme Ortie, ça c’était un chien !
Mais au fil du temps nous avons appris à vivre ensemble et à nous aimer. Aujourd’hui, je ne concevrai pas la vie sans elle. C’est un super chien, en fait…
Elle me fait penser à cette chanson du regretté Serge Reggiani :

- Ma fille, mon enfant,
- Voici venir le temps
- Où tu vas me quitter
- Des Indes à l’Angleterre
- On a couru la Terre
- Mais pas toujours ensemble
- Mais à chaque retour
- Nos mains se rejoignaient
- Sur le dos de velours
- D’un chien qui nous aimait
- C’était notre façon
- D’être bons compagnons.

Et puis comme si ton départ ne suffisait pas à assombrir ma vie, la société que je dirigeais fut vendue à la fin de l’année suivante et à l’aube de mes cinquante ans, je me retrouvai sans travail.
Cinquante ans, plus de famille, plus de travail, les amis d’hier devenus les inconnus d’aujourd’hui et le mur du chômage, infranchissable à affronter pour un cadre de mon âge…

Alors, trouvant que tout allait vraiment trop mal, je décidai en toute logique, de changer radicalement de vie…

Extrait chapitre 6 de “Lettre à ma fille”

juin 2nd, 2009

Je vous invite à la lecture du chapitre 6 de mon dernier ouvrage. Bonne lecture !

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La prison, ça c’est
vraiment du temps perdu…
Tranche de vie n° 6

Mais une fois cette décision prise et ma liberté retrouvée, un événement imprévu allait encore m’éloigner de vous… J’allais reperdre ma liberté, mais cette fois de façon beaucoup plus désagréable. Je me suis retrouvé en prison, pour avoir oublié l’espace d’un instant que je ne pratiquais plus l’art délicat de garde du corps, mais surtout par la faute d’un voyou en col blanc qui, non content de m’avoir escroqué, a eu la mauvaise idée de brandir la menace de s’en prendre à maman et toi, si je tentais quoi que ce soit pour récupérer mon argent.
Il a eu tort…

Le problème, c’est que tout occupé à réduire l’ignoble en bouillie de connard, ma fureur m’avait fait oublier que tout ça se passait en pleine rue et deux policiers en civil, qui se trouvaient là, ont voulu intervenir.
Eux aussi, ils ont eu tort…
J’apprendrai, pendant ma garde-à-vue, que ces deux pauvres policiers avaient la charge de surveiller le malfaisant qui, impliqué dans un trafic de drogue, faisait l’objet d’une filature en règle. Ce léger détail me valut d’ailleurs d’être interrogé par la brigade des stups qui, vu la violence de mon attaque, m’avait pris pour un encaisseur de la maffia…
Mais bon, une fois ce malentendu dissipé, je tombais quand même sous l’inculpation de coups et blessures sur agents de la force publique, assortie de différents termes juridico-barbares dont je ne me souviens plus, mais qui me valurent une peine de prison dont je me serais bien passé. Ce n’est pas tant la prison en elle-même qui me gênait, ayant été accueilli par mes compagnons de misère avec le respect dû à un renégat qui avait corrigé gravement deux flics, car tout auréolé de ce coup d’éclat, je me retrouvais, sans autre forme de procès, dans le clan des dominants. Et crois-moi, en prison c’est comme dans le monde animal. Il vaut mieux être dans ce clan-là…
Non, ce qui me rendait malheureux était de voir ta maman se débattre seule face aux problèmes engendrés par cette situation. D’autant plus qu’entre sa mère qui lui conseillait d’en profiter pour divorcer et ma propre famille, qui n’eut jamais le moindre geste pour lui porter assistance, elle n’avait d’aide à attendre de personne. J’étais, pour ces « braves gens », devenu un paria porteur de toute la honte du monde. Ce que confirmait d’ailleurs l’attitude de ceux que nous croyions être nos amis, mais qui semblèrent tout à coup avoir disparu de la surface de la terre. Mais le regard des autres n’a jamais revêtu la moindre importance à mes yeux, ayant toujours pensé que : «qui parle à mon dos, parle à mon cul».

        Non, tout ce qui importait en fait outre la situation dans laquelle se trouvait maman par ma faute était que vous me manquiez toutes les deux cruellement. Heureusement, Angélique avait obtenu deux parloirs par semaine et le droit, pour moi, de te parler au téléphone tous les mercredis, de 16h à 16h05. Et même si cela se passait sous la surveillance attentive d’un gardien, qui avait pour ordre de couper la communication si quelqu’un d’autre que toi répondait, le fait d’entendre ta voix et sentir que tu allais bien, m’apportait un immense réconfort. Nous étions même parvenus à ce que je puisse te voir, un jour, l’espace de quelques trop courtes minutes… Oh, pas dans la prison, bien sûr ! Mais deux gardiens, avec qui je m’entendais bien (le frère de l’un d’eux travaillait sous mes ordres à l’époque de ma Dame), me permirent d’accéder à leur salle de repos dans le même temps où Angélique t’avait emmenée jouer au parc pour enfants, situé en contre bas de ces saloperies de murs. Et là, grâce à une opération savamment minutée, je t’ai vue ! De loin et pas longtemps, mais je t’ai vue…
Je ne suis resté que quelques mois en prison, mais ces quelques mois m’ont paru être une éternité.

Enfin arriva le jour de ma libération !
Quel bonheur de pouvoir vous serrer toutes deux dans mes bras…
Ma première nuit de liberté, je la passai pour partie dans les bras d’Angélique bien sûr, mais aussi à venir dans ta chambre te regarder dormir. J’ai compris cette nuit-là, que rien au monde n’était plus important que nous trois.

Alors pour le coup et en toute logique, je décidai de changer radicalement de vie…

Extrait chapitre 5 de “Lettre à ma fille”

avril 17th, 2009

Je vous invite à la lecture du chapitre 4 de mon dernier ouvrage. Bonne lecture !

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Mes princesses et moi…
Tranche de vie n° 5

Je travaillais depuis quelques mois comme veilleur de nuit dans un petit hôtel où je mourais d’ennui, quand une amie me parla d’un emploi qui me conviendrait sans doute mieux.
Un important complexe hôtelier de Cannes cherchait un portier (un videur, quoi…) pour sa discothèque ; eh bien, puisque l’armée française m’avait appris à me battre et que je pratiquais intensivement le « Viet-vo-dao » autant que ça serve à quelque chose…
Je me présentai donc pour proposer mes services et moins d’une semaine après, le directeur de l’établissement me rappelait pour m’annoncer que j’avais été choisi pour tenir le poste.
Ce qui s’est révélé sympa dans ce boulot, c’est qu’en prenant mon café au réveil, je savais ce que j’allais faire le soir :
Me battre…
Un poivrot, c’est déjà bien con en règle générale, mais alors la nuit, je te dis pas… Le monde leur appartient ! Mais bon, avec le salaire que je touchais, je m’accommodais sans trop de réticence de ce léger inconvénient. Malgré tout, mes chèvres et les grands espaces que nous parcourions avec les chiens en compagnie du bétail me manquaient cruellement…
Mais après quelques mois de ces «contacts humains» délicats et enrichissants une rencontre magique allait tout changer.
Je t’explique :
On me demande au téléphone et la réceptionniste, se référant à son listing de jour, affirme ne pas me connaître et que je ne fais apparemment pas partie de la société. Finalement, le fournisseur qui cherchait à me joindre parvient, en insistant, à obtenir le contact et m’informe que la réception de l’établissement semble ignorer l’existence de « ceux de la nuit ».
Alors, propulsé par le ressort de la colère et de la vexation, sûr de mon bon droit, je me propulse à la réception et invective, sans mâcher mes mots, la traîtresse qui y trônait.
Mais c’est qu’elle ne s’est pas laissée faire, la bougresse !
Elle me répondit du tac au tac, avançant des arguments que je n’écoutais déjà plus, fasciné par les yeux d’un vert flamboyant qui m’affrontaient sans se démonter et la force de caractère qui se dégageait, tel un rempart inébranlable, de ce splendide petit bout de femme que rien ne semblait devoir ébranler. Je n’avais d’yeux que pour ses yeux et, il faut bien l’avouer, peut-être aussi pour le satiné ambré de la peau et les petits seins bien fermes qui émergeaient, l’air de rien, du corsage estival de ce charmant adversaire.
Tu l’as compris, je venais de rencontrer ta mère !
À l’époque lancé sur la pente savonneuse de l’alcoolisme, j’ingurgitais sans broncher, environ une bouteille de whisky par nuit et le plus grave est que je n’en ressentais aucune ivresse, tellement j’étais imbibé. C’était une période où tout m’emmerdait, en fait. L’existence que je menais, les gens que je fréquentais, mon travail, enfin tout quoi…
Sauf certains collègues de travail, dont Patrice, qui était mon adjoint et qui, trente ans après, est encore mon ami.
Je me rappelle qu’un jour, alors qu’il avait fait une bêtise sans grande importance, je l’ai convoqué dans mon bureau et qu’en guise de réprimande…
- Tu veux quoi ? Que le patron nous vire tous les deux ? Toi pour incompétence et moi pour t’avoir fait confiance !
Alors, j’ai sorti mon revolver du tiroir et je lui ai tiré dessus. Enfin à côté, en fait. Exprès, je le jure ! Mais quand même, ça craint !
C’est te dire si j’étais allumé, à l’époque…
Mais avoir rencontré Angélique m’a ramené sur terre et a redonné un sens à ma vie.
Elle a su, par son amitié au début de notre relation et par son amour ensuite, m’encourager à me reprendre et retrouver une dignité que j’ignorais avoir perdue. Oh, bien sûr, il y eut bien quelques orages, des tempêtes même quelques fois, mais l’amitié et la complicité qui nous unissaient ont toujours sauvé notre amour, tout au long des dix-huit ans qu’a duré notre union.

Au cours de l’été 1981, mon père a été emporté par ce qu’on a coutume d’appeler pudiquement une longue maladie. Il n’a malheureusement pas eu le loisir de beaucoup connaître Angélique, mais je crois qu’il l’aimait bien et que sa présence à mes côtés le rassurait.
- C’est une fille bien, m’avait-il dit un jour. Écoute-la et respecte-la, elle est sans doute ta meilleure chance de devenir moins con…
Eh oui, ton Grand Père était un poète.
Mais c’était surtout un Homme hors du commun, dont la devise était : «Ni Dieu, ni maître ».
De fait, il a toujours mené sa vie comme il l’entendait et n’a jamais su ce que dépendre d’un patron voulait dire.
Sachant manipuler les cartes avec une rare dextérité, il en fit son métier et y réussit ma foi fort bien, allant jusqu’à devenir champion du monde de bridge… Même si c’est grâce au poker qu’il a toujours fait vivre sa famille dans l’aisance financière.
Pour mieux situer son caractère indépendant, le meilleur exemple qui me vienne à l’esprit est cette anecdote qu’il m’avait une fois raconté :
- Le jour de ma démobilisation en 1919 ( Il était un poilu de la grande guerre), il me restait une pièce de cinq francs en poche. Je l’ai prise dans ma main droite et l’ai jetée le plus loin que j’ai pu en me disant : « Voilà, comme ça tu n’as plus rien, débrouilles-toi ! ».
Mais bon, sa vie mériterait un livre à elle seule…
Je l’aimais et le respectais et Il me manque encore terriblement aujourd’hui…
Ma chère Ortie me quitta aussi cette année-là, victime d’un accident. Mais cette tristesse-là, je n’ai pas envie d’en parler…

11 Août 1987 à 1 heure du matin : Je dormais du sommeil du juste, après un copieux repas bien arrosé avec Angie (Elle a toujours détesté que je l’appelle comme ça…) et des amis, lorsque Angie (oui je sais, j’insiste lourdement, mais j’ai toujours aimer la taquiner ; c’est plus fort que moi !) me réveille en sursaut en m’annonçant ton arrivée prochaine et même, plus que prochaine. Tu étais en train forcer le passage en fait et ça, trois semaines avant la date prévue par le gynécologue qui avait pourtant l’air bien sûr de lui en nous affirmant que tu arriverais fin Août. Là j’en profites pour te dire un truc que j’ai en travers depuis tout ce temps :
- Que tu fasses mentir ce bon docteur, passe encore… Mais que tu me réveilles en pleine nuit et en pleine digestion, sous le prétexte mesquin de le faire passer pour un con, ça je ne te le pardonnerai jamais !
Voilà, ça c’est fait ! Comme tu aimes à dire.
Mais revenons-en à l’époque où j’ai rencontré ta maman et où j’exerçais le passionnant sacerdoce de « videur »…
Un soir une fascinante figure de la « jet-set » azuréenne et même internationale, est venue se fourvoyer dans le night-club dont j’avais la charge. C’était, avant tout, une très jolie fille et comme je m’y attendais sa présence déclencha un problème, que l’on peut sans risque de se tromper, qualifier de bagarre générale. Problème majeur qui laissa ses deux gardes du corps sur le carreau, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
C’est là que Joseph-Superman est intervenu, sauvant la gente demoiselle des griffes assoiffées de tarte aux poils des trois malabars à qui elle avait fait perdre la tête.
Reconnaissante, la célèbre beauté qui en fait se révéla être une grande dame, m’engagea à son service quelques semaines plus tard et me confia la sécurité de sa personne pendant les huit années qui suivirent.
Je n’aurai pas l’indélicatesse de raconter, dans ces lignes que j’espère voir publiées un jour, le menu pourtant passionnant de ces huit années passées auprès d’elle, nos relations ayant toujours été basées sur la confiance et le respect réciproques.
Mais, malgré ce tableau idyllique, j’avais quand même un sérieux problème. Je devrais dire, deux sérieux problèmes :
Ta maman et  toi.
Tu es née cinq ans après que je fus entré au service de « ma Dame » et les exigences liées à mon métier m’interdisaient en grande partie de maîtriser ma vie privée, qu’elle soit  conjugale, avant ta naissance, ou familiale, après celle-ci.

Malgré tout, Angélique et moi nous sommes mariés en grande pompe, elle tout en blanc et moi bien propre…
La mairie, l’église, la grande réception, au cours de laquelle, familles, amis et relations viennent boire, manger et danser comme si leur vie en dépendait, de ce côté-là ça a été complet. Mais les champions resteront la smala italienne de ta mère, qui sous prétexte de nous aider à porter les cadeaux de mariage, vint s’incruster chez nous et trouver encore le moyen de s’empiffrer d’énormes plats de pâtes préparées par la Mamma, qui s’installait en pays conquis dans notre pauvre cuisine qui n’avait jamais eu à subir un tel ouragan. J’ai dû finir par me fâcher et les mettre à la porte, avant qu’ils ne décident de dormir à la maison.        Le lendemain nous partions heureusement tous les trois en voyage de noces…
Ben oui, je dis bien tous les trois, parce que tu étais déjà là, cachée quelque part dans un petit coin de Maman.

Mais revenons à ta naissance, au sujet de laquelle j’ai justement un petit missile aimable à lui envoyer, à ta maman…
Ou, comment une jeune femme complice, aimante et attentionnée devient d’un jour à l’autre un être incompréhensible, qui se retrouve d’un coup à des années lumières de l’homme qu’elle aime. Force est de constater, en effet, que dès lors qu’elle a enfanté, une épouse se transforme en une sorte d’angoisse vindicative, distante et pour tout dire réellement emmerdante. À croire qu’elle se sent investie de je ne sais quelle mission divine qui semble lui donner tous les droits et surtout celui de rejeter son mari dans la plus profonde des oubliettes de la forteresse qu’elle a patiemment bâtie pendant neuf mois, autour d’elle et de sa progéniture. Toute sa vie est centrée sur le précieux trésor qu’elle tient farouchement dans ses bras et ne consent à nous faire partager qu’au prix de fastidieux :
- « Fais bien attention en le (la) prenant ! Attention à sa tête ! Non pas comme ça, tu es inconscient ou quoi ? » Etc, etc…
Par contre, quand il s’agit de changer les couches, donner le bain, porter la poussette et tout le matériel, ou encore s’acquitter du souverain plaisir de se lever au milieu de la nuit pour préparer le biberon et nourrir le cher ange qui une fois sur deux, te recrache tout sur le pyjama et qui, en plus n’en a absolument rien à faire que tu doives te lever à six heures du matin pour aller bosser là, on est bon là…
Là, on est le papa !
Sauf moi bien sûr, qui ai toujours été revêche à ce genre de corvées, auxquelles mon parcours ne m’avait pas préparé !
Mais surtout, je te voyais à cette époque comme une espèce d’estomac hurlant et pour tout dire, parfaitement inintéressant.
J’avais toujours pas compris grand chose à la vie à cette époque, je dois bien l’avouer.

Mais revenons-en à toi. Ben oui ma fille, c’est comme ça et tu seras comme ça. Et ce sera bien fait pour ton mari ; il avait qu’à pas me prendre ma fille ! Bref, comme ta mère, tu te sentiras honorée du titre suprême qui t’élèvera au rang sacro- saint de MAMAN !
Et moi, enseveli sous un bonheur immense, je serai grand-père.

Heuu… Tu me laisseras m’en occuper de temps en temps ? Tu sais, que je puisse changer ses couches, lui donner le bain, porter sa poussette et tout le matériel, ou me lever au milieu de la nuit pour lui donner le biberon, enfin tout, quoi…

Je regrette tellement de ne pas l’avoir fait pour toi.
Et comme je le disais donc avant de régler mes comptes avec la caste des mamans, je vous aimais, vous étiez le centre de ma vie et je ne vous voyais plus. Vous aviez besoin de moi et je n’étais pas là.

Alors, ayant pour une fois une bonne raison de le faire, je décidai de changer radicalement de vie…

Extrait chapitre 4 de “Lettre à ma fille”

février 27th, 2009

Je vous invite à la lecture du chapitre 4 de mon dernier ouvrage. Bonne lecture !

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Ortie, le Vizir, son harem et moi…
Tranche de vie n° 4

Je me retrouve donc rendu à la vie civile et curieusement, n’en éprouve aucun sentiment de libération, mais plutôt une sorte d’oppression devant le vide ; un peu de ce que j’avais ressenti lors de mon premier saut en parachute.
Je suis là, mon sac à la main, sur le quai de cette gare et n’ai aucune idée du train que je vais prendre. J’ai la liberté du choix, mais rien à choisir.
Mais c’est peut-être ça la liberté, après tout…
Alors, savourant cet instant privilégié où personne ne m’attend et où je ne désire la présence de personne, j’achète un journal et m’installe au buffet de la gare, dans le néant de la foule anonyme. Je me sens bien devant mon café et j’ai le temps… Tout le temps…
Cependant à l’heure du dîner, confronté à la maigreur de mon pécule, je réalise que la liberté a un prix que je n’ai pas les moyens de m’offrir et que le temps dont je croyais disposer venait tout juste de prendre fin. Alors, reprenant le journal dans lequel je réalisais avoir beaucoup trop investi, je me mis à consulter les petites annonces, à la rubrique « offres d’emploi » et en dénichai une qui effaçait toutes les autres :
« Exploitant agricole cherche chevrier expérimenté pour arrière-pays 06. Écrire au journal qui transmettra. (…) »

Une feuille blanche demandée à une jeune étudiante qui passait, un stylo emprunté au serveur, une enveloppe et un timbre achetés au tabac et en moins d’une demi-heure, la lettre était partie.

Bien sûr je n’y connaissais rien en chèvres, mais avais vraiment envie de ce boulot. De mémoire, ma lettre de motivation, écrite au dos du c.v. (je n’avais qu’une feuille…), disait à peu près ceci :
- J’avoue ne pas y connaître grand-chose en matière d’animaux, mais j’apprends vite et ne suis pas cher, etc…

En attendant de recevoir la réponse chez mes parents, je partageais mon temps entre divers petits boulots tels que laveur de vitres, gratter la coque des « pointus » au vieux port, ou encore, porter les cageots de fruits et légumes le matin au marché… Mon temps libre, je le passais à bichonner ma batterie, qui ne servait pourtant plus depuis bien longtemps.
Enfin, après un mois environ de cette vie passionnante, la réponse tant attendue arriva et une semaine après, je me retrouvais au milieu d’animaux inconnus qui me regardaient d’un air bizarre.
Mais comme je m’y étais engagé, j’appris vite et avais compris en quelques jours comment les nourrir, les soigner et les emmener paître. D’autant plus que pour ce dernier exercice, moins simple qu’il n’y paraît, j’étais assisté par deux chiens exceptionnels qui, bien que simples bâtards, se révélèrent d’une intelligence et d’un professionnalisme hors du commun.

Quelques semaines plus tard, mon patron me chargea de trouver un troisième chien dont le rôle consisterait, non à diriger le troupeau (cela Boule et Bill s’en acquittaient fort bien), mais à le protéger contre d’éventuels voleurs ou chiens errants. Le hasard voulut que le surlendemain, je me rende, à la demande de mes parents, chez un individu fort désagréable qui leur devait de l’argent qu’il ne semblait pas avoir la moindre intention de leur rembourser. En arrivant devant le portail de son jardin, je vis le triste sire s’acharner à coups de bâtons et de cris hystériques, sur un magnifique  berger allemand qui, muselé et attaché, ne pouvait pas se défendre ; juste gémir sous les coups. Révolté par ce spectacle, j’entrais sans sonner et désarmais le triste sire, non sans lui avoir asséné un coup de boule bien placé qui fit éclater son nez, comme une tomate trop mûre ; pour faire bonne mesure, je doublai d’un méchant coup de pied dans son service trois pièces, non sans rajouter avec un humour inénarrable :
- « Ça fait mal, hein ? Surtout quand on craint… »
Enfin, après quelques instants inoubliables passés avec mon nouvel ami, je repartais avec les vingt mille francs que ce dernier devait à mes parents et suivi d’un fidèle compagnon qui, je le découvrirai plus tard à la lecture de son pédigree et de son carnet de santé récupérés auprès de l’improbable, s’avéra être une compagne âgée d’à peine huit mois. Elle s’appelait Ortie et ce nom lui allait comme un gant ; ses épines acérées la rendaient inaccessible aux autres, alors que ses pétales n’étaient réservés qu’à moi seul.
L’hiver qui suivit fut, d’après les vieux du « pays haut », un des plus rigoureux qu’avait connu la région depuis au moins vingt ans. La neige, se croyant chez elle, sembla, cette année-là, oublier que la Côte d’Azur et ses plages dorées ne se trouvaient qu’à vingt kilomètres.         Quelle sans gêne, quand même…
Sans compter le surcroît de travail que cette invitée inattendue m’imposait : nettoyer la bergerie et en changer la litière tous les jours, nourrir les bêtes et les soigner, les traire, couper le bois de chauffage pour alimenter la cheminée de la bergerie, me farcir une fois par semaine dans cette fichue neige les douze kilomètres aller et retour qui me séparaient du village pour aller acheter ma nourriture, etc, etc… Même me bagarrer avec le bouc qui me prenait pour un rival (et pourtant, je t’assure n’avoir jamais eu le moindre geste déplacé envers aucune des membres du harem de ce fougueux cornu…). Et pour couronner le tout, fabriquer le fromage ! J’en faisais des gros, des petits, des mous qui devenaient durs et des mous qui restaient mous…
Enfin crois-moi, pour un fainéant, tout ça faisait beaucoup de travail !
Mais tout ce petit monde, chèvres, chiens et même le Vizir (c’est ainsi que j’avais surnommé le bouc), comptait sur moi et cela me rendait heureux. J’étais utile…
Sans compter les soirées passées au coin du feu dans cet isolement silencieux, avec la seule compagnie de ma fidèle Ortie et qui resteront parmi les instants les plus doux de mon existence.
Puis, arrivèrent les beaux jours et avec eux, le temps des naissances et plus tard, des alpages.
Les deux périodes magiques qui rendent si beau le métier de berger.

De fait, après dix jours de marche au cours desquels nous traversâmes garrigues et villages, j’arrivai, avec tout mon petit monde, en vue du vieux refuge de pierre, planté au milieu de nulle part, qui allait me servir de logis jusqu’à la fin de l’été.

Ortie profita de cet isolement en milieu parfois hostile, pour mériter sa gamelle journalière en faisant fuir à de nombreuses reprises, parfois à l’issue de sauvages pugilats, tous les chiens errants qui voulaient transformer les chèvres en casse-croûte. Mais son plus impressionnant fait d’armes restera d’avoir affronté et fait fuir un chat-cervier, qui n’est autre qu’une sorte de lynx vivant dans certaines régions de haute montagne.
La courageuse en sortit profondément blessée au cou et à la tête et je mis près de deux heures à la désinfecter et la recoudre, sans qu’elle se plaigne ou montre le moindre signe d’agressivité. Seul son regard tendre et brillant de larmes semblait me dire :
- J’ai mal tu sais, mais je te fais confiance.

Quoi qu’il en soit, les quatre mois d’été que je vécus cette année-là, en compagnie des bêtes et isolé de tout, resteront parmi les plus beaux souvenirs de ma vie (oui je sais, un été ne dure que trois mois, mais chez nous il en dure quatre… au moins. C’est comme ça et c’est tout !).

Et puis un jour, trouvant sans doute que tout allait trop bien et au mépris de toute logique, je décidai de changer radicalement de vie…

 

Extrait chapitre 3 de “Lettre à ma fille”

janvier 5th, 2009

Je vous invite à la lecture du chapitre 3 de mon dernier ouvrage. Bonne lecture !

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L’armée, le Tchad et encore l’armée
Tranche de vie n° 3

 

- Alors le chevelu, t’es nouveau ici ? C’est bien, tu vas apprendre à m’connaître ! J’vais t’faire regretter l’jour où ta mère t’a mis au monde ! T’es dans l’armée maintenant ! Fini la rigolade et les amusettes de pédé ! C’est compris ?!
Force est de reconnaître que mon premier contact avec l’armée me fit vite regretter d’y avoir signé, sur un coup de tête, un engagement de cinq ans. Mais qu’est-ce qui m’avait donc pris ? Bien sûr, cette Béatrice de danseuse, enceinte de mes œuvres, avait bien essayé de m’emprisonner en voulant m’imposer un enfant dont je ne voulais pas mais qu’elle voulait garder, contre vents et marées.
Bien sûr, me croyant amoureux d’elle, je crus aussi être malheureux lorsqu’elle me quitta pour un « vieux », d’environ trente-cinq ans. Mais, quand même, de là à devoir supporter les hurlements chargés de relents d’ail, du gorille dégénéré au crâne rasé qui vociférait sous mon nez, est-ce que je méritais vraiment ça ?
Sans doute, après tout, puisque ça m’arrivait…
Quoi qu’il en soit, faisant preuve d’un sens de la répartie qui me surprit moi-même, je m’entendis lui répondre :
- Oui, chef !
Les classes durèrent deux mois, le stage commando trois…
Pendant cette période, j’appris à obéir et à marcher au pas ou encore, chargé comme un mulet, à marcher jusqu’à trente-cinq kilomètres par jour, à franchir les parcours du combattant ou du risque, à me battre au couteau et à mains nues, à tirer au fusil et au pistolet mitrailleur, à résister à la chaleur, au froid, à la souffrance et au manque de sommeil, à sauter en parachute, etc…
Tout cela me permit de dépasser mes limites physiques et morales et surtout, d’apprendre à surmonter mes peurs.

Puis arriva le jour où, lors d’une cérémonie bien militaire, le colonel me remit la fourragère et l’insigne de commando parachutiste qui sanctionnaient la fin de mon apprentissage ; j’étais devenu un soldat à part entière et, crois-le ou non, j’en était fier. Mon commandement me gratifia ce jour-là d’un mois de permission de « fin de classes », que je mis à profit pour aller voir mes parents et surtout écumer les rangs de toutes les jeunes femmes qui passaient à ma portée. Ben oui, c’est que j’étais beau garçon à l’époque…
Dès mon retour de permission, je fus affecté à une unité de commandos dont le régiment partait pour une opération de maintien de l’ordre au Tchad. Après quelques siècles de vol en « Nord Atlas », nous arrivâmes enfin, mes camarades et moi, à Faya Largeau, dans le nord de ce charmant pays, où notre unité était cantonnée. Mais qu’est-ce que je fichais là ?…
Les bâtisses en torchis qui allaient nous servir de casernement nous regardaient d’un air sinistre et semblaient nous dire :
- Viens-y, si tu oses.
La chaleur étouffante nous écrasait comme une chape de plomb et semblait nous dire :
- Tu vois ce qui t’attend ?
Le drapeau tricolore qui pendait mollement en haut de son mât et semblait nous dire :
- Pfouuh, j’en peux plus, moi…
Et jusqu’à cet abruti de capitaine qui nous accueillit en déclamant, l’air très sérieux :
- Vous êtes ici pour bouffer du rebelle et croyez-moi, vous allez en bouffer !
Je regardais mes compagnons dont aucun ne bronchait à ces paroles débilitantes, mais pour ma part, j’étais sidéré.
Ils ne m’avaient rien fait à moi, ces rebelles dont quelques minutes avant j’ignorais jusqu’à l’existence ; ils ne menaçaient ni ma famille, ni d’envahir mon pays. C’est moi qui étais chez eux et menaçais leur intégrité, après tout.
Mais quelques jours plus tard lors de notre première opération héliportée, ma vision des choses changea radicalement. Ce jour-là, mon compagnon le plus proche reçut une rafale d’arme automatique qui le tua sur le coup…
Les salauds allaient me payer ça !
Et voilà…. J’étais entré de plain pied dans le mécanisme imparable qui provoque, chez les soldats d’une armée d’occupation, l’instinct de tuer.
Le processus de la haine et de la vengeance était engagé.
Comme les autres, j’avais été manipulé et faisais là où on me disait de faire.
Cette sinistre aventure dura vingt-huit mois partagés entre l’ennui, la honte et la peur. Les opérations dans lesquelles nous étions engagés se révélaient toujours dangereuses, car les rebelles du Tibesti, s’ils ne bénéficiaient ni de l’entraînement  ni de la logistique des troupes régulières, étaient de bons soldats endurants et courageux qui eux au moins se battaient pour un idéal ; tandis que du côté français, ça restait comme toujours une histoire de vieux qui envoyaient les jeunes se faire casser la gueule à leur place…                                                                                                            Et puis un jour, ce qui pendait au nez de chacun de nous m’arriva… J’étais affecté en compagnie motorisée, en tant que chauffeur de véhicule léger d’intervention ; en fait, une simple Jeep équipée d’un fusil-mitrailleur, fixé à l’avant droit du véhicule et servi par un tireur qui faisait équipe avec moi depuis près d’un an. Nous nous trouvions en troisième position d’une colonne qui comptait huit véhicules du même type et roulions depuis deux bonnes heures sur une piste défoncée qui mettait nos abatis à rude épreuve et nous faisait avaler, malgré les pashminas qui nous recouvraient la bouche et le nez, une poussière dense et acide qui nous suffoquait et s’insinuait partout. Notre mission consistait à retrouver et à neutraliser un groupe de rebelles qui sévissait dans la région.
Soudain la jeep de tête stoppa et le lieutenant en descendit d’un bond qui se termina en une explosion assourdissante.         L’enquête établirait plus tard qu’il avait eu la mauvaise idée d’atterrir sur une mine !
Ma chance fut de profiter de cet arrêt pour me soulever et dans le même temps tendre mon bras pour aller attraper ma gourde qui se trouvait derrière mon siège ; ce geste, grâce auquel je reçus les éclats de mine dans le ventre, me sauva la vie. Mon équipier qui n’avait pas bougé, les reçut en pleine tête et n’eut sûrement pas le temps de se voir mourir.
Il avait vingt-deux ans et il était mon ami.
Quant à moi, j’émergeai du coma trois jours après, dans des douleurs intolérables et apprenais, quelques jours plus tard, que nous étions tombés dans une embuscade qui avait fait huit morts et six blessés dans nos rangs, mais que les rebelles avaient été exterminés par l’unité héliportée venue à notre secours ; ça me faisait une belle jambe et de magnifiques cicatrices physiques et morales que je porte encore aujourd’hui.

Les deux années qui me restaient à accomplir sous les drapeaux coulèrent tranquillement. Nommé sous-officier «au feu», suite à mon « exploit » tchadien (blessé en voulant boire un coup), je partageais ce temps entre deux mois à l’hôpital Lavéran de Marseille, deux de convalescence, huit au 81° R.I. de Sète, en tant qu’instructeur de tir et pour finir, par un an de vacances commandées en Nouvelle-Calédonie.
Quand mon temps fut fini, l’armée me proposa, bien sûr, de rempiler pour devenir officier, ou… gendarme.
Pour le coup, j’aurais sans doute pu épouser une brillante carrière d’officier et ma vie en aurait sans doute été radicalement changée.

Mais alors, trouvant sans doute que tout allait trop bien et au mépris de toute logique, je décidai de changer radicalement de vie…

Extrait chapitre 2 de “Lettre à ma fille”

octobre 24th, 2008

Je vous invite à la lecture du chapitre 2 de mon dernier ouvrage. Bonne lecture !

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Un petit musicien de province monte à Paris…         
Tranche de vie n° 2

De fait, après avoir fourbi mes armes de musicien entre divers «groupes» locaux et l’apprentissage du conservatoire de musique, je profitai de la voiture d’un copain qui « montait » sur Paris, pour nous embarquer, ma batterie et moi dans la grande aventure du spectacle et vivre avec elle quelques merveilleuses années qui resteront parmi les plus belles de ma vie.
Cela avait pourtant bien mal commencé…
Pendant près d’un an, je courus le cachet et dormis dans une cave, avec pour tout mobilier un lit de camp, un duvet qui avait connu des jours meilleurs et un réchaud à gaz qui faisait semblant de chauffer mes misérables neuf mètres carrés de ciment. Pour payer le loyer de mon « palace » au concierge, chaque matin je sortais les poubelles, balayais la cage d’escalier et nettoyais l’entrée de l’immeuble.
Le problème du logement résolu, il restait à en régler un de taille : manger ! Alors là, j’ai vraiment fait tout et n’importe quoi. Mais passons…

Et puis, un jour, je décrochai enfin un engagement dans un club de jazz et après la longue période de galère que je venais de traverser, je sus ce que voulait dire le mot bonheur.
Mais le grand, l’intense, celui qui bouleverse toute une vie, j’allais le connaître quelques mois plus tard, lorsqu’une grande vedette de la chanson vint « faire le bœuf » dans le cabaret où je me produisais. La Star aima ma façon de jouer et me promit qu’on se reverrait. Inutile de te dire que je planais sur un nuage et qu’à cet instant, j’étais le meilleur batteur du monde…
De fait, l’Idole eut l’occasion de tenir sa promesse plus tôt que je ne l’espérais. Son batteur attitré, victime d’un accident de voiture, allait être indisponible pendant de longs mois et mon nouveau patron fit appel à moi pour  remplacer l’infortuné. Jamais je n’avais ressenti un sentiment de joie aussi intense que ce jour-là ! Comme quoi il est bien vrai que le malheur des uns fait le bonheur des autres…
Le conte de fées dura quatre magnifiques années au cours desquelles je connus toutes les joies qu’apporte le métier de musicien. D’abord, vivre de sa passion ; c’est là une chance incomparable et ce sera la réussite par laquelle tu me rendras le plus fier si tu y parviens, car je te saurai heureuse.
L’enregistrement en studio ensuite, grâce auquel, une fois le disque gravé et en vente dans les bacs ou passant à la radio, tu te dis avec fierté : «c’est moi qui joue !», persuadé que tu es forcément bon, puisque c’est justement toi qui as été choisi pour jouer.
Les moments forts partagés avec les musiciens de ton groupe, qu’il s’agisse du pur plaisir qu’apporte la « musique bonne », le trac à l’instant de monter sur scène ou justement le fait d’être ensemble sur cette scène, où chacun compte sur l’autre et a confiance en lui.
C’est sur scène que se crée une sorte de fraternité, entre musiciens d’un même groupe.
Saint-Exupéry n’a-t-il pas écrit  :
« Donnez-leur une tour à construire et ils seront tous frères».

Le hic, pour le groupe en question, dont le chanteur était classé en tête de tous les hits-parades et grâce à qui nous passions sur les plus grandes scènes, c’est que tout ce succès nous montait à la tête ce qui, il faut bien le dire, nous rendait bien cons. Mais cons ou pas, nous étions heureux.

Et puis un jour, trouvant sans doute que tout allait trop bien et au mépris de toute logique, je décidai de changer radicalement de vie…

Mon actualité d’Octobre 2008

septembre 29th, 2008

Je participe au Festival du Livre de Mouans-Sartoux le vendredi 3 Octobre 2008. Sur le stand de la librairie Masséna, je présente en avant-première mon dernier ouvrage “Lettre à ma Fille” et dédicace mon roman “L’épée et la Lumière“.

Extrait de “Lettre à ma fille”

septembre 16th, 2008

Je vous invite à la lecture du chapitre 1 de mon dernier ouvrage
“Lettre à ma fille”. Bonne lecture!

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Été  1950…
Tranche de vie n° 1

La tendre blondeur des plages du sud de la France où la Méditerranée vient se vautrer mollement, comme pour venir s’y reposer.
Le chant entêtant des cigales qui rythme lascivement la vie de la petite ville balnéaire baignée de soleil, où pins et platanes offrent ça et là une ombre reposante.
Le marché qui sent si bon la Provence et dont les touches multicolores semblent avoir été peintes par un artiste de génie.
Et enfin l’accent qui sait si bien cacher sa tendresse et fait chanter le Midi.
Voilà pour le cliché…

-Boudiou, qué chaleur ! bougonna la sage-femme.
- Vé lou pôvre pitchoun, il est déjà tout transpirant, peuchère. Répondit l’infirmière.
Né dans un tel environnement, à la mi-journée de la moitié de l’année qui marqua la moitié du siècle, il était après tout normal que je sois imprégné, dès ma naissance, d’un tempérament paresseux doublé de la désagréable habitude de ne tout faire qu’à moitié.

Cadet tardif de trois frères et prévu par mes parents pour être une fille, je grandis dans l’isolement familial propre à un enfant trop petit pour jouer avec les uns et trop «garçon» pour répondre aux attentes des autres. Mais je n’étais pas malheureux, loin de là.
Mes parents étaient de bons parents qui accomplissaient sérieusement leurs devoirs de parents et mes frères, me jugeant inintéressant, me fichaient une paix royale.
Mais vint le temps de l’école, des premières luttes et des premiers affronts.

Là, il faut dire que, surprotégé par ma mère qui ne se faisait décidemment pas à l’idée que je sois un garçon, je plongeai dès ma première année de scolarité dans un monde hostile dont, à ma grande surprise, je n’étais plus le centre.
Alors, malmené par les autres enfants qui trouvaient en moi une proie facile, je troquais avec une grande logique, pendant ces détestables instants communautaires, les jupes de ma mère pour celles tout aussi protectrices de la maîtresse d’école. Mais un jour, catastrophe ! La maîtresse, MA maîtresse s’absenta de la cour de récréation pour quelque obscure raison d’adulte. Désemparé par l’absence de l’autorité protectrice, je résolus de me cacher dans un recoin du préau, derrière les toilettes.
Mal m’en prit, car les «méchants» (même qu’ils étaient tous méchants, alors…) profitèrent de la situation pour enfin assouvir leur haine du faible, trop longtemps contenue. Mais, spectateur  assidu des aventures de Rintintin à la télévision, je me souvins, malgré la peur qui me tenaillait, d’une réplique du petit « Rusty » qui, confronté à une situation identique, rétorqua avec aplomb en s’adressant au meneur adverse :
- C’est facile de faire le brave à dix contre un. Viens seul, si tu l’oses !
Pensant, par ce naïf stratagème, échapper à la correction qui m’était promise, je lâchai donc la phrase que j’espérais salvatrice, avec un aplomb qui me surprit moi-même.
Mais l’autre osa… Comme dans Rintintin d’ailleurs, l’autre avait osé. Mais à la différence de mon meneur à moi, celui de Rusty n’était pas une brute au visage et au corps épais qui le dépassait d’une bonne tête et devait avoir au moins un an de plus. C’est que ça compte un an de plus quand on en a six…
Eh oui, ça fait sept

Certain de sa victoire, mon Goliath personnel s’avança donc vers moi en me promettant de me réduire en bouillie, ce que je crus sur parole. J’ignore encore comment je fis, ni quel miracle se produisit, mais quelques instants plus tard, mon tortionnaire se roulait par terre de douleur et sans doute aussi de honte, le nez et la bouche en sang.
À la suite de ce « coup » d’éclat, où je fus puni par les uns, mais respecté par les autres, mon père, qui me gronda pour la forme et aussi, sans doute, pour donner le change à ma mère, changea d’attitude à son égard. J’étais bien un garçon, finalement…
Ma mère, par contre, voyait les choses d’un tout autre œil : « sa petite fille » l’avait quittée pour devenir un petit garçon comme les autres.
Quoi qu’il en soit, plus jamais à partir de ce jour, je ne me suis réfugié derrière qui que ce soit.
Puis, vint le temps des premiers émois amoureux, avec, pour le jour de mes treize ans, la consécration suprême : je fus dépucelé, ce jour-là (bon anniversaire…), par une « vieille » de vingt-sept ans.Une touriste allemande qui passait ses vacances dans le camping que tenaient mes parents. Elle s’appelait Heidi et m’a fait voir, ce soir-là, beaucoup plus d’étoiles qu’il n’y en avait dans le ciel.

Côté sports, je m’essayai, comme tout le monde, au football, avant de me diriger vers la boxe où cela se passait plutôt bien, affichant sept victoires par K.O. sur sept combats. Mais vint le jour fatidique où mon entraîneur trouva intelligent de me présenter au championnat de France scolaire de ma catégorie. Dans les vestiaires, avant le premier combat, il me briefa :
- Je l’connais ce p’tit jeune de Lyon, y va bien mais l’a une mâchoire de verre. Alors, tu l’laisses venir et badaboum !
Ça, pour l’avoir laissé venir, je l’ai laissé venir, badaboum ! Et je me suis réveillé dans les vestiaires…

Je compris ce jour-là, qu’il valait mieux m’en tenir à un autre genre de «badaboum», auquel je m’adonnais depuis déjà quelques temps : la batterie. C’était beaucoup moins dangereux et tout aussi efficace pour tomber les filles. Puis, au fil du temps, ce palliatif musical est vite devenu une  véritable passion qui changea le cours de ma vie d’adolescent.
J’avais donc décidé d’utiliser le peu de réserve de logique que j’avais à ma disposition, pour changer radicalement de moyen d’expression…